Darius Dada scrute le phénomène des motos-taxis

 

 

Exposition. Lauréat d'une bourse de mobilité nationale dans le cadre du  Cameroonian culturel Network tour 2025, le plasticien présente "Quand les bendskins attaquent" un discours visuel contemporain avec cependant, un fort ancrage traditionnel.

 


Le phénomène des taxis à deux roues ne laisse personne indifférent. Comment cela pourrait-il être dans un contexte où ils font indubitablement partie du paysage urbain à Yaoundé, Douala, Bafoussam, Ebolowa, Maroua. Conséquence des facteurs à la fois conjoncturels et structurels,  notamment du chômage des jeunes, de l'insuffisance d'infrastructures routières, leur essor aujourd'hui pose d'autres problèmes qui n’ont pas échappé à l'œil de l'artiste Darius Dada. Après une tournée l'ayant conduit à Doual'art, à Bandjoun-station, à l'Alliance française de Garoua, il expose actuellement à Yaoundé au Centre international pour le patrimoine artistique et culturel. "Quand les bendskins attaquent" est une installation  aménagée dans la salle d'exposition  et dans la cour du Cipca.

Elle donne à voir des motos encastrées dans les murs des cases en poto-poto. Le travail de Darius Dada  fait appel au  collage, au tissage, au remplissage à la terre crue et à la vidéo. Il a utilisé du bois, su raphia et du charbon pour conduire chaque visiteur dans un voyage immersif. "Quand les Bend-skins attaquent c'est une œuvre  placée dans la catégorie des installations. Je voulais m'exprimer sur le phénomène de la mobilité urbaine devenu l'un des gros cailloux dans la chaussure de mon pays et par la même occasion célébrer ces messieurs sur leur moto qui facilitent les déplacements des populations dans les zones urbaines et péri-urbaines", explique Darius Dada.

La conception de cette œuvre visuelle a débuté en 2024. Darius Dada a ensuite adapté le contenu pour le CCN Tour 2025. Pendant 4 mois, il a travaillé au Cipca comme en résidence. " Je suis l'un des lauréats du CCN Tour 1025 en tant qu'artiste visuel. L'un des critères de sélection est d'avoir déjà une œuvre créée. J'ai pris beaucoup de plaisir à remodeler et à adapter mon installation en fonction des lieux où elle a été exposée". Le plasticien a trouvé la recette idéale pour questionner une problématique contemporaine en utilisant comme médium, une technique profondément enracinée dans les traditions.

"Ma démarche artistique s'inspire de notre riche  patrimoine culturel. Pour réaliser Quand les bendskins attaquent, j'ai fait appel à des matériaux qui parlent directement aux populations. Des matériaux qu'ils ont l'habitude de voir et que nous retrouvons dans les quatre aires culturelles du Cameroun. A chacun de mes voyages sur le territoire national pour CCN Tour, j'ai adapté l'exposition à l'environnement dans lequel il était exposé. A l'Ouest à Bandjoun-Station, j’ai réalisé une proposition s'appuyant sur les éléments de la culture grassfields. Au Nord, j'ai utilisé  des éléments de la culture soudano-sahélienne  tels que les nattes, la brindille, le sable, la pierre, les cornes de bœuf. Dans le littoral, l'aire culturelle sawa, j'ai ajouté les éléments de l'eau et ses composants", révèle Darius. Il poursuit : 

"Avec l'exposition actuelle au Cipca, nous plongeons dans l'aire culturelle fang-beti. D'où cette représentation des cases rectangulaires en poto-poto. J'ai ajouté  deux éléments nouveaux,  "Le Mur de la cuisine de mémé". Une installation en  hommage à ma grand-mère. Sa case était faite en terre-battue. Ici, je représente sa cuisine noircie oar les flammes de son foyer où mijotait toujours un bon plat. Le second élément est Dans la peau d'un bendskineur, une installation vidéo", tient-il à souligner.


Terre battue 


Le résultat final de cette démarche artistique  confère à son œuvre une puissance évocatrice. L'exposition a suscité de nombreuses réactions. Pour la plupart positives. "C'est une œuvre  extrêmement puissante que ce soit du point de vue visuel et plastique. Également pour ce qu'elle transmet. C'est une œuvre contemporaine qui parle des problématiques actuelles  et met en relation le monde rural et urbain. L'installation de Darius Dada aborde la problématique de  la circulation, de la communication.  Pour moi, l'art doit également  inviter à réfléchir sur notre monde, notre vie et  l'œuvre de Darius Dadda remplit cet objectif", apprecie Juan Pedros Perez-Gómez, ambassadeur d' Espagne au Cameroun. 

Le diplomate a effectué une vite exclusive de l'exposition et réaffirmé l'engagement de son ambassade en tant que  membre du board du CCN.

"L'ambassade d'Espagne fait partie du CCN, le cameroonian culturel network c'est un projet que nous appuyons fortement durant cette année 2025. Nous l'avons aussi fait en 2024. C'est un projet très important pour le développement culturel du Cameroun et les relations entre le Cameroun et l'Espagne dans le domaine culturel", réagit Juan Pedros Perez-Gómez.

Commissaire d'exposition et directrice du Cipca, Fabiola Ecot Ayisi apprécie la sensibilité qui se dégage de l'exposition. "L'installation  proposée au départ présentait des motos encastrées dans un mur traditionnel  en terre battue. On a souhaité déployer son œuvre selon sa sensibilité. Avec la tournée de Yaoundé, il y a eu cette extension. C'est-à-dire qu'il a créé  une autre installation La cuisine de mémé,  ce mur noir  supposé être plein de suie et dans lequel apparait un écran qui diffuse des images depuis la cuisine de la grand-mère du village. Cette vidéo permet aux visiteurs de visiter la ville la nuit à travers le regard du Bend-skinneur qui a déjà enfourché sa moto", indique-t-elle en soulignant que l'une des missions du CCN est d'accompagner la création contemporaine et  la valorisation des patrimoines. "Nous sommes ravis que le Cipca  ait permis à l'artiste de sortir de l'œuvre principale pour laquelle il avait été sélectionné pour continuer à cheminer dans sa créativité et créer ces deux installations supplémentaires. Ce redéploiement est le fuit échanges successifs dont il a pu bénéficier dans les lieux culturels  où il a exposé". 

Elsa Kane



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