Can au Maroc 2025 : 4 faits, 4 leçons à tirer
De la trajectoire inattendue d’un supporter Congolais à des stades quasi vides, un petit tour d’horizons des faits qui m’ont marqué en bien comme en mal.
1-Michel Kuka : une autre dimension créative de la RDC
En prenant son avion pour le Maroc, Michel Kuka Mbolandinga, ne s'entendait sûrement pas à devenir un phénomène de curiosité et de popularité de l'édition 2025 de la Can. Lui qui pratique depuis 10 ans accompagne inlassablement les équipes de football de son pays d'oc les Léopards de la République Démocratique du Congo (RDC), comme supporter fidèle.
Mais c'était sans compter avec l'impact des réseaux sociaux et la curiosité humaine et sa démarche insolite et originale. En restant debout dans une posture figée durant chaque match des Léopards de la RDC, Michel Kuka Lumumba est entré dans les cœurs. Alors que derrière lui, les autres sont en transes, dansent, sautent, se bousculent, le Kinois reste debout figé dans la posture du salut national de l'héros des indépendances du Congo. Cette posture supportrice m'a marqué par les enseignements qu'elle véhicule.
Une leçon de liberté, un branding pays fort
• A travers ce
poster, Michel Kuka a réussi à repositionner la RDC dans une dimension à la
fois sportive et politique. Il a permis à des millions de personnes, surtout
les jeunes, de découvrir l'histoire de Lumunba, 1925-1961, leader, leader de l’indépendance congolaise et
premier ministre du pays après l’indépendance de 1960, assassiné le 17 janvier
1961 dans l’État du Katanga. C'est un hommage fort à un homme qui s'est battu
pour libérer son pays de la colonisation. Michel Kuka Lumumba mon
tre que dans
le concert des nations, il faut compter avec la RDC, terre d'Homme digne, épris
de liberté.
•La démarche artistique de Michel Kuka s'inscrit aussi dans une recherche artistique qui emprunte à l'art performance, elle témoigne d'un homme à la discipline de fer. Car rester figé plus de 60 minutes demande une force physique et mentale importante. Chaque point est bien étudié. Les aspects identitaires et culturels sont très marqués. Michel Kuka est toujours habillé aux couleurs de son pays : bleu, rouge et jaune clair. De plus, son style vestimentaire (veste, pantalon de ville, cravate ou pochette) est un clin d'œil à la Sape congolaise.
2- Un maillot Spécial Cameroun-Côte d'Ivoire
C’est une histoire de belle-famille, d'amour et de clashs interminables sur les réseaux sociaux. Mais il faut dire que cette dimension des relations entre le Cameroun, locomotive économique de l'Afrique centrale et la Côte d'Ivoire, fleuron de l'Afrique de l'Ouest, personne ne l'avait vu venir. Les chamailleries sur la toile : ton pays est trop cher ; chez vous il y a trop de poussière. Les love story : je t'aime ma Georgette : moi aussi mon petit Samuel (rires).
Mais Eto'o peut. Lors de la présentation des nouveaux maillots des Lions Indomptables, le maillot spécial pour la confrontation Cameroun- Cote D'Ivoire suscite tout de suite de l'intérêt. C'est un beau maillot en édition limitée. Alors que le Cameroun joue habituelle avec du vert, du jaune et depuis peu avec du blanc, ce maillot est d'un noir brillant. Il est beau, scintillant.
Une leçon de fraternité
Ce choix du top management de la Fecafoot m’a tout de suite plu. Parce qu’en dépit de tout, le Cameroun et la Côte d'Ivoire ont su créer des liens forts dans le style cousins à plaisanterie, un mode de vie très ancré dans les traditions de certains peuples d'Afrique de l'Ouest. C'est un message de fraternité. L'image du joueur Amad Diallo recevant son prix avec d'homme du match habillé du maillot de son coéquipier de Manchester United, Bryan Mbeumo est très symbolique. D'ailleurs plusieurs stars ivoiriennes à l'instar de Bravador ont souhaité avoir leur maillot aussi.
3- La Can tous les 4 : un choix du fosseyeur ?
Cette décision de la Caf, c'est comme une pilule amère à avaler. Elle ne passe vraiment pas pour moi en dépit des assurances de la CAF. Pourquoi ? Parce que déjà, elle me semble une décision imposée par la FIFA qui dicte sa loi aux autres organisations. Elle ne reflète pas notre liberté de choix parce que depuis toujours nous avons eu une Can tous les deux ans afin d'élever le niveau du football Africain.De plus, à mon humble avis, elle ne tient pas compte des spécificités du contexte africain en matière de football. Les infrastructures de football ne sont pas autant développées en Afrique qu'en Europe. Il faut que celles disponibles servent au risque de tomber en ruines comme on a eu à le voir au Gabon.
Une leçon de manque de courage
Par ailleurs, la carrière des joueurs africains démarre tard contrairement à celle des footballeurs des autres zones. Les championnats nationaux sont inexistants et les joueurs évoluant dans les grands clubs européens sont de plus en plus rares. On les compte sur les doigts de la main. Les équipes nationales représentent les meilleures opportunités financières et de carrière. Avec une Can tous les 2 ans, il y a la possibilité de faire une carrière plus longue ou de participer plus souvent à des rendez-vous de haut niveau. Avec une Can chaque 4 ans, il faudra mettre en place de nouveaux processus pour combler le vide, il faudra mettre en place des mécanismes de détection précoce pour que les joueurs démarrent assez tôt leur carrière. Et tout cela n'est pas donné dans l'environnement africain où le sport jeune est émaillé par de nombreux scandales d'abus sexuels toujours impunis.
4-Des stades quasi vides
C'est l'une des grosses déception de cette édition de la Can. Voir de magnifique stade aussi désespérément vides. Mais depuis le début de la compétition des équipes ont joué dans ces conditions. J'imagine que ce n'est vraiment pas facile pour ces joueurs également de jouer sans la ferveur du public. Pour la Caf et le pays organisateur, cela représente un échec. Car la Can est une fête. Une grande messe sportive où toutes les nations africaines sont conviées avec l'optique de mettre en avant leur identité, leur leadership. C'est l'occasion pour les populations du pays hôte de s'ouvrir et d'aller à la rencontre des autres. Quand on se remémore, les images de la fête du football au Cameroun, en Côte d'Ivoire où la ferveur populaire était totale avec une exposition médiatique et digitale phénoménale, je crois que, cette fois, Motsepe n'aura pas l'idée de dire que c'est la meilleure Can de tous les temps. La Caf devrait au contraire tirer les leçons et trouver avec les pays organisateurs les solutions pour une mobilisation populaire efficiente.
En attendant, on est ensemble!

Commentaires
Enregistrer un commentaire